Fatou Diop, droit au but
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Fatou Diop, droit au but

SPORT

Fatou Diop, droit au but

Attaquante de l’équipe nationale féminine de football, elle est l’une

des rares sportives à gagner sa vie grâce à sa passion.

Par BIOS DIALLO

Le 30 juillet 2019, Fatou Diop, portée par les encouragements du public, a été la première buteuse de l’équipe féminine de Mauritanie. Le match s’est soldé par une défaite 3-1 en faveur des Djiboutiennes, mais cette image demeure un symbole dans un pays où le football est une affaire d’hommes. Cadette d’une fratrie de neuf enfants, l’avant-centre, née en 1995 à Nouakchott, porte le numéro 10 des Mourabitoune, surnom donné à l’équipe nationale, en référence à l’ancienne dynastie maghrébine des Almoravides.

Sociétaire depuis deux ans de l’Association union sportive féminine Assa Zag (Ausfaz), septième du championnat au Maroc, Fatou Diop est la première Mauritanienne à avoir décroché un contrat professionnel, qu’elle vient de prolonger.

Une belle réussite pour celle qui a débuté dans les quartiers populaires de la capitale. De Teyarett à Dar Naïm, suivant les déménagements de sa famille, Fatou découvre le football avec ses frères et ses amis. Moquée à ses débuts, elle garde ses crampons : « En me voyant sortir d’un taxi avec mes équipements sportifs, ou sur un trottoir en train de m’étirer, on rigolait de moi. Certains allaient plus loin, en voulant me donner mauvaise conscience : “Au lieu d’aider ta maman dans ses tâches ménagères, tu cours les rues avec des hommes, les pieds dans la poussière.” »

Elle tourne les talons et solidifie ses jambes avec la bénédiction de ses parents sportifs. Son père, Ousmane, entraîneur, est un ancien de l’équipe nationale masculine. Sa mère, retraitée de la fonction publique, était basketteuse. La famille ne manque aucune de ses compétitions, lui donnant chaque fois une source de motivation supplémentaire.

Après une tentative au baccalauréat (mathématiques), Fatou Diop opte pour sa passion. D’abord avec le club El Moustakbal de Dar Naïm, puis chez les dauphines du FC Camara d’El Mina. Soutenue par son entraîneur, Aboubekrine Wedad, elle fait ses armes aux côtés de Tacko Diabira, numéro 11 de la sélection nationale. Depuis son arrivée sur les pelouses, Fatou Diop, devenue la star de l’attaque mauritanienne, n’a manqué aucun match des Mourabitoune : Inde, Espagne, Bolivie, Tanzanie, Tunisie, Algérie…

Si la jeune femme et ses camarades évoluent aujourd’hui crânement dans cette discipline, c’est grâce à la Fédération de football de la Mauritanie (FFRIM), qui, depuis 2017, a instauré des compétitions de différentes catégories sur l’ensemble du territoire et dispose de centres de formation à Nouakchott et en régions. « Le début n’a pas été facile, reconnaît Oumou Kane, directrice du foot féminin à la FFRIM. Nous étions conspuées dans les stades. Mais, avec les différentes éditions du festival Live Your Goals, homologué par la Fifa, et nos campagnes de porte à porte, nous avons convaincu les sceptiques que le foot n’est pas une affaire de genre. Des tabous sont tombés, et les parents n’hésitent plus à venir nous voir quand ils sentent la passion de leur fille pour le ballon! »

Grand championnat

La fédération a même des femmes arbitres reconnues par les hautes instances du foot mondial, parmi lesquelles Mariem Chedad – qui a arbitré lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) U20, organisée du 14 février au 6 mars 2021 en Mauritanie. Les succès de l’équipe nationale masculine contribuent aussi à faire bouger les lignes en redorant le blason du pays sur les terrains. En dix ans, les Mourabitoune se sont hissés à la 101e place au classement de la Fifa et au 22e rang au niveau continental.

À 26 ans, Fatou Diop est l’une des rares sportives du pays à gagner sa vie grâce à sa passion. Elle peut encore rêver d’évoluer un jour dans un grand championnat. Les qualifications de la CAN féminine, en juin, lui donneront une nouvelle opportunité de montrer l’étendue de son talent, en espérant pouvoir disputer le tournoi prévu l'an prochain au Maroc, presque à domicile pour la championne.

Bios Diallo

Source : Jeune Afrique – N°3101 – Juin 2021